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Narco News Issue #46

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Les O’odhams rentrent chez eux après s’être réunis avec le sous-commandant Marcos et les Indiens du Mexique

« J’ai le sentiment que les gens sont en train de réveiller »


Par Brenda Norrell
Spécial pour Narco News Bulletin

18 octobre 2007

Tandis que plus de 500 délégués indigènes se réunissaient à Vicam (un village indien situé sur le Rio Yaqui) lors de la Rencontre des peuples indiens d’Amérique, le pouvoir d’une force spirituelle globale s’est libéré et était présent sur les lieux, notamment dans les paroles d’Ofelia Rivas, une femme o’odham qui vit sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Photo D.R. 2007 Brenda Norrell
« Ce n’est pas un mouvement local. Ce n’est pas non plus quelque chose de zapatiste. Les peuples indigènes du monde sont en train de créer ce mouvement », a assuré Rivas lors d’une interview.

« J’ai le sentiment que les gens sont en train de réveiller. Ça allait dans le sens de l’unité, de la continuation de la lutte en dépit des problèmes que peuvent avoir les gens. Nous étions unis. Nous parlions de tout ça ensemble. J’ai vraiment senti que c’était une initiative des bases. »

Rivas a affirmé que l’une des présentations culturelles qui ont eu le plus d’impact fut celle des représentants des peuples indigènes du Michoacan. « Cela m’a vraiment touchée », a-t-elle dit citant ensuite ce que lui avait dit un ami tzotzil du Chiapas : « Quand les choses deviennent sérieuses, nous dansons. »

Elle a dit que les autorités traditionnelles de Vicam avaient montré un très grand respect : « C’était surprenant de voir les chefs traditionnels du peuple yaqui écouter attentivement et patiemment les histoires qui étaient racontées. »

Rivas a également mentionné que le fait que les représentants indigènes des États-Unis et du Canada aient fait connaître leur souffrance était d’une grande importance. « Généralement, a-t-elle dit, les gens des autres pays pensent que, pour les indigènes de là-bas, tout est très facile.

» Il y a pourtant bien des violations des droits humains aux États-Unis et au Canada. Mais ceux qui n’y vivent pas pensent que nous n’avons pas de problèmes. Ils ne savent pas que nous vivons dans la pauvreté et que nos femmes et nos enfants rencontrent des conditions défavorables. »

D’une certaine manière, les conditions de vie des peuples indiens sont pires aux États-Unis que n’importe où ailleurs.

« Là-bas, c’est pire. Les gens sont contrôlés par le gouvernement. Les nôtres aussi ont assimilé cela et profitent de ce que le système nous offre — prétendument. Le système nous contrôle et contrôle les gens. »

De la même manière, elle a assuré que l’argent qui arrive aux nations indigènes, tout comme les restrictions et les conditions qui vont avec, font partie de ce contrôle imposé par le gouvernement.

D’autre part, elle a mentionné qu’une des histoires les plus tristes qui ont été évoquées à la rencontre a été celle d’une femme lakota parlant des mauvais traitements qui ont encore lieu dans les internats et des conditions dans lesquelles vivent son peuple. Les enfants indiens étaient pris à leurs familles par les gouvernements des États-Unis et du Canada pendant une grande partie du XXe siècle et étaient obligés d’entrer dans des internats d’État. Là, ils étaient souvent victimes d’agressions sexuelles et d’autres mauvais traitements physiques. De plus, on leur interdisait de parler leur propre langue et ils étaient obligés de s’assimiler à la culture dominante. Ceux qui s’échappaient étaient soumis à l’isolement et plusieurs sont morts. De tels traitements ont abouti à des générations entières d’indigènes traumatisés aux États-Unis et au Canada.

L’une après l’autre, les nations ont raconté leurs histoires lors de la rencontre. Selon les mots de Rivas : « Tout le monde était très attentif et écoutait les gens directement. »

Pendant ce temps, chez elle — un endroit qui se trouve sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique, où les terres ancestrales de sa famille sont divisées par la frontière internationale —, la construction d’une barrière pour les véhicules a bloqué la route cérémonielle du peuple o’odham.

« Cette cérémonie a lieu depuis que le monde est monde, » a dit Rivas.

Avant la récente construction de cette barrière routière fédérale sur les territoires indigènes qui se trouvent sur la zone-frontière d’Ali Jegk (appartenant au district de Gu-Vo en Arizona à 30 km à l’est de Sonoyta, Mexique), les indigènes o’odhams pouvaient traverser leur territoire traditionnel ici.

Désormais, au lieu de mettre moins d’une heure pour aller au marché, les O’odhams doivent voyager six heures aller-retour pour pouvoir faire des achats à Tucson. Pour qui souffre de diabète ou se trouve face à une urgence médicale, la nouvelle barrière frontalière symbolise un risque qui peut être fatal.

« La plupart des gens qui ont vécu de manière traditionnelle dans ces territoires n’ont pas de passeports, car ils sont nés à la maison. »

Pour les O’odhams qui assistent à la route cérémonielle en juillet, la nouvelle barrière frontalière est un affront au voyage spirituel.

« Ce fut une véritable privation, dit Rivas. Quand tu es en pèlerinage vers un lieu sacré, tu es dans un état mental sacré. Et, soudain, tu es retenu par la police de l’Immigration et tes papiers sont contrôlés. Cela constitue une interruption. Les gens se sont préparés spirituellement, mais, après cela, ils doivent supporter cette odyssée qu’est la traversée de la frontière. »

Rivas affirme que le gouvernement indigène élu par la nation Tohono O’odham — qui se trouve à Sells, Arizona — ne fait rien pour que le peuple traditionnel O’odham puisse conserver son droit de transit sur ses propres terres ancestrales et organiser ses cérémonies traditionnelles.

« Cette cérémonie est menacée, a-t-elle déclaré. »

Elle a aussi affirmé qu’il fallait faire connaître le pouvoir, l’unité et la conscience qui se sont révélés lors de la Rencontre intercontinentale dès maintenant à tous ceux qui n’ont pas pu y assister. « Beaucoup de personnes qui auraient dû y être n’étaient pas là. Ils étaient chez eux en train de protéger les leurs ou leurs terres. Certains d’entre eux ont eu des problèmes pour traverser la frontière. »

D’autre part, elle espère que la Rencontre de Vicam se prolongera, au moyen de réunions régionales au Canada, aux États-Unis et en Amérique du Sud, de façon à ce que plus de personnes soient prêtes à participer.

Rivas parle en anglais et dans sa langue traditionnelle o’odham. C’est dans cette dernière qu’elle a fait sa présentation à la Rencontre. « Parler dans ma langue est ma forme de résistance personnelle », a-t-elle dit, ses paroles étant traduites en anglais et en espagnol.

De plus, elle a lu une déclaration rédigée par les autorités traditionnelles o’odhams de Cu Wi I-gersk et les autorités religieuses des territoires o’odhams des États-Unis et du Mexique.

« La résistance o’odham a commencé quand les prophètes ont prévu l’invasion étrangère et les nombreux changements qui auraient lieu dans les gens et dans le monde. La défense o’odham consiste à se plier pour ne pas se briser face à l’arrivée de ces vents nouveaux. Mon peuple, mes amis, participent de ce moment crucial », a affirmé Rivas pendant la lecture de la déclaration.

La nation O’odham est formée de quatre groupes qui habitent le désert de Sonora. Au nord, ce sont les On’k Ake’mel O’odhams (les gens de la Salt River) et les Ake’mel O’odhams (les gens de la Gila River). À l’ouest, on trouve les Hia’ced O’odhams (les gens du sable) et au sud les Tohono O’odhams (les gens du désert).

Le territoire ancestral o’odham est limité par celui des Yaquis au sud et celui des Apaches à l’est. Au sud-ouest, le long des eaux continentales de l’Océan Pacifique, à Ka’ch’k (la mer de Cortès ou le golfe de Californie au Mexique), le territoire o’odham est limitrophe de celui des Seris.

Les États-Unis et le Mexique se sont partagés les territoires o’odhams lors du tracé de la frontière en 1853. Celle-ci divise les terres o’odhams. Le gouvernement indigène élu par le peuple Tohono O’odham, qui a décidé de travailler avec le gouvernement fédéral des États-Unis et de recevoir son argent pour se développer sur la base du système nord-américain, n’a pas été reconnu par les autorités traditionnelles de ce groupe indien.

« L’histoire de notre peuple commence avec la création du monde. Nous avons aussi connaissance des mondes anciens qui ont existé. » Les gens se sont habitués au him’dag, le style de vie o’odham. Ils ont appris à vivre dans le désert et ont assumé la responsabilité et l’honneur d’être indigène.

« Nous sommes les protecteurs de l’univers : nous le maintenons en équilibre grâce aux enseignements qui viennent de notre Créateur. Au moyen de nos chants et de nos cérémonies, nous maintenons la balance de l’univers. »

La première attaque contre les O’odhams fut les maladies transmises par les étrangers, qui ont altéré la structure génétique des gens. Ensuite, les étrangers sont venus pour voler et commercialiser la connaissance o’odham sur les propriétés des plantes médicinales.

La deuxième attaque est venue de la religion étrangère. « Les nombreuses églises où prient les O’odhams catholiques ont été construites par des esclaves o’odhams, sous le contrôle des missionnaires. »

Aujourd’hui, les sites cérémoniels o’odhams sont vus comme des endroits touristiques : depuis les grands champs de lave qui se trouvent sur la frontière jusqu’à la mer de Cortès au Mexique.

« Les sites religieux et les lieux sacrés sont sous la menace constante des archéologues, des compagnies minières et des Mexicains qui veulent prendre le contrôle des territoires et des communautés. Une des menaces les plus récentes est le projet de construction d’une décharge de déchets chimiques à seulement 13 km de notre site cérémoniel. »

Afin d’isoler les O’odhams de leur culture, les États-Unis les ont regroupés dans des villes et ont placé les enfants dans des internats.

« Aujourd’hui, la destruction des structures sociales de notre peuple est évidente : les gens dépendent du système en place. Notre langue — qui était interdite dans les internats —survit encore aujourd’hui, mais à une très petite échelle. »

Maintenant, la militarisation de la frontière empêche les O’odhams de se réunir sur les routes traditionnelles.

Au Mexique, les éleveurs et les compagnies se sont appropriés les terres o’odhams. En 1845, il y avait 45 villages dans le Sud, sur ce qui est désormais la frontière. Aujourd’hui, à peine neuf villages survivent.

La restriction de la mobilité, l’exploitation de la terre et la destruction des cultures par le biais des génocides et des ethnocides indiquent que nous sommes à un moment critique dans l’univers.

« Aujourd’hui à Vicam, ce ne sont pas des gouvernements ou des organisations qui se réunissent, mais des peuples de la terre. Nous sommes ici debout dans la solidarité, pour notre survie, pour protéger le monde, nos territoires et nos générations futures.

» Une délégation de toutes les nations doit continuer à renforcer ce message de solidarité et à propager l’éducation aux droits indigènes universels.

» Aujourd’hui, nous continuons à demander l’accès à nos terres, y compris l’accès à nos routes ancestrales, pour vivre notre him’dag et faire des offrandes dans les lieux sacrés. Nous demandons la protection de nos cultures et de nos lieux sacrés. Nous voulons des élections transparentes et notre propre représentation dans les systèmes de gouvernement qui nous ignorent. »

Brenda Norrell est reporter en pays indien depuis 25 ans. Elle est actuellement basée à Tucson et son champ d’action couvre le Mexique, la frontière US et l’Ouest. Elle est l’auteure du Censored Blog (« blog censuré ») et contribue fréquemment à la Narcosphère.

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