<i>"The Name of Our Country is América" - Simon Bolivar</i> The Narco News Bulletin<br><small>Reporting on the War on Drugs and Democracy from Latin America
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Narco News Issue #43

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Marcos dans la décharge du Tamaulipas : « Calderon ne va pas aller au bout de ses six années. »

Le Délégué Zéro demande à la presse de prendre des photos de Blanca Navidad et pose la question : « Est-ce juste qu’un travailleur et sa famille vivent ainsi ? »


Par Murielle Coppin
L’Autre Journalisme et l’Autre Campagne au Tamaulipas

5 décembre 2006

21 novembre, Nuevo Laredo, Tamaulipas. Le compteur du Zapa-bus marque 9000 kilomètres (depuis le départ de Mexico le 7 octobre pour la seconde partie de la Otra) à l’arrivée au Tamaulipas, le dernier des 32 états visités par le Délégué Zéro et l’Autre Campagne à la recherche de la parole véritable des gens d’en bas et de leurs luttes quotidiennes pour améliorer leurs conditions de vie.


Photo: DR 2006, Alice Serena
De grands hôtels comme Best Western, Holiday Inn, Camino Real paradent au bord de la route nationale qui va à Nuevo Laredo, une ville frontière moderne et industrielle. Des chaînes de fast-food, Pizza Hut, MacDonald, Kentucky Fried Chicken, commodément rassemblées dans de gigantesques zones commerciales, regardent les affamés. Entre les concessionnaires automobiles Dodge, Mitsubishi, General Motors, Volkswagen, se cache un cimetière grisâtre. Le Silverado Rodeo a apparemment conquis les traditionnels jaripeos (« arène » pour les combats de coq) et plazas de toros. Des milliers de semi-remorques et de camions, bien en file en attendant leur premier – ou énième – voyage aux Etats-Unis éblouissent les yeux. Le contrôle policier autour du Délégué Zéro et de la Karavana s’intensifie. Mis à part les policiers en uniforme, quelques « citoyens » suspects observent. Leurs pick-ups blindés et leurs bracelets en or de 10 cm de largeur indiquent que ce sont très probablement des narcos. De fait, dans l’état-frontière du Tamaulipas, deux cartels, celui d’Osiel Cardenas et celui du Golfo, ont plus d’influence dans la vie quotidienne que les autorités ou les entrepreneurs locaux.

Le bus s’arrête près d’une petite croix verte, une parmi les nombreuses croix éparpillées au bord de la route-frontière et qui signalent les nombreux morts. A seulement 8 m plus bas, le Rio Bravo « luit ». Le délégué Zéro et les autres visiteurs se bouchent le nez. Surpris, quelques chauffeurs distraits évitent de peu l’accident. Accompagné par Martha Ojeda, représentante de la Coalition pour la Justice dans les Maquiladoras (usines de sous-traitance et d’assemblage pour l’exportation, exonérées de taxe professionnelle, d’impôts locaux, de TVA, de taxes à l’importation des matières premières et garanties de libre rapatriement des capitaux et des bénéfices), le groupe s’aventure à descendre vers la rivière et s’arrête près de l’un des huit déversoirs d’eaux usées qui empestent. L’odeur est insupportable. C’est ici que sont déversées les eaux noires des maquiladoras du parc industriel Finsa (qui comprend des multinationales comme Sony, Caterpillar ou Teleflex), dans la rivière qui, plus loin, se jette dans le Golfe. La station de traitement des eaux installée par le gouvernement ne s’occupe que des déchets organiques et pas des substances chimiques toxiques.


Photo: DR 2006, Anna Mauri
Au bout de treize ans d’Accord de Libre-Echange Nord Américain (ALENA), ce n’est pas seulement la production de Nuevo Laredo qui a triplé mais aussi le nombre de fermetures d’entreprises. La faune et la flore ont été complètement détruites, mais il y a pire : la santé publique a été affectée. Les risques de cancer, d’allergies et de maladies de la peau augmentent de manière préoccupante dans la zone frontière. Beaucoup d’enfants naissent anencéphales et avec du retard mental. Martha soupire : « Les morts n’apparaissent pas dans les chiffres de l’exportation. Comme il n’y a qu’un seul égout (pour un grand nombre de maquiladoras), nous ne pouvons pas en accuser une. » La décentralisation de la loi environnementale a placé le problème dans les mains des municipalités, incompétentes en la matière.

Martha indique ironiquement : « C’est une partie du prix à payer pour le développement, un cadeau que nous a laissé l’ALENA, » un développement alimenté par des programmes gouvernementaux spéciaux pour attirer les entreprises au Mexique. Martha précise : « Les états se font de la concurrence pour que ces entreprises viennent, ils leur donnent l’électricité et l’eau gratuitement, ne leur font pas payer d’impôts, entretiennent les gens jusqu’à trois mois pour qu’ils produisent à cent pour cent à condition de générer des emplois… Mais, c’est la mort qu’ils génèrent. »


Photo: DR 2006, Alice Serena
Le fleuve-traître paraît tranquille. C’est pour cela que de nombreux Mexicains tentent leur chance et traversent ses eaux à cet endroit. Sans connaissance des courants et des produits toxiques, ils risquent leurs vies dans une traversée qui les mène d’un malheur à un autre. Martha nous dit : « S’ils arrivent à passer (beaucoup se noient), alors commence l’enfer. Il y a beaucoup de racisme et de persécutions là-bas. »

Beaucoup n’ont jamais réussi à traverser la frontière ou bien se sont fait expulser. Certains s’installent dans la zone-frontière à cause des chances d’emploi dans les maquiladoras. Les salaires de misère les obligent à occuper des terres pour y construire des baraques. Blanca Navidad (Noël Blanc) est une de ces « colonies », aujourd’hui auditorium du délégué Zéro et de la caravane. Environ 400 familles se partagent l’espace tout près d’une décharge d’ordures. La connotation de paix, de tranquillité et de neige qu’évoque le nom de la colonie a une sonorité ironique sous le soleil brûlant, avec l’extrême misère, l’injustice, l’abus de pouvoir et la violence dont souffrent quotidiennement ses habitants.

Le 22 décembre 2004, les « colons » sont venus occuper ces terres inhospitalières. Peu à peu et au fur et à mesure des pesos de trop à la fin du mois, ils se sont construit des maisons de bois. Après un an de tolérance, le maire priiste (du Parti Révolutionnaire Institutionnel – PRI), Daniel Perez Treviño, a qualifié la colonie d’illégale. Il a proposé aux colons d’acheter un terrain dans l’une des réserves municipales, ce qui a été impossible pour des raisons économiques. Le 1er et le 2 février 2005, le maire a envoyé les bulldozers pour abattre un « quartier » de Blanca Navidad soit 20 ou 30 maisons. Plusieurs maisons ont été incendiées avec encore les affaires à l’intérieur, entre autres, les couvertures et les jouets que le maire lui-même avait offert quelque temps auparavant pour Noël.

Rosy (un pseudonyme) raconte : « Quand je suis rentrée de mon travail, il ne restait plus rien de ma maison. J’ai mis un an à la construire, ils ont tout cassé et tout détruit. Mon poêle, ma vaisselle, ma nourriture, mes papiers parmi lesquels mon acte de naissance et mon diplôme scolaire. Ma bouteille de gaz a été emportée. Je n’ai rien récupéré. Je suis venue ici car mon mari m’a abandonnée. Je suis une mère célibataire de quatre enfants. » Cette expulsion agressive a fait plusieurs morts. Une femme âgée est morte d’un infarctus, un jeune s’est fait tirer dessus pour s’être défendu, trois enfants ont été brûlés vifs dans leur propre maison, plusieurs personnes ont été arrêtées et emprisonnées et les femmes ont été frappées. « On aurait dit la guerre, » dit Rosy.


Photo: DR 2006, Anna Mauri
Quelques jours après cette flambée de violence, les colons ont organisé un sit-in à Nuevo Laredo pour exiger une explication du maire. Une « colone » raconte : « Beaucoup de monde est venu nous soutenir avec des vêtements et de la nourriture… Nous avons monté des barricades car les patrouilles sont arrivées comme si nous étions des narcotrafiquants, nous étions encerclés. » Un an après les faits, la réponse du maire se fait toujours attendre. « Pourquoi nous a-t-il d’abord laissés vivre ici pendant un an pour après nous dire que nous devons nous en aller ? », soupire Rosy.

Trois autres femmes se dirigent spontanément vers une journaliste pour raconter leurs histoires. Elles n’ont plus peur, elles sont fatiguées de cette situation et ont besoin de se défouler. Un personnage comme le sous-commandant Marcos qui vient jusqu’ici dans le but explicite de connaître leur réalité est accueilli à bras ouverts. Des centaines de colons se rassemblent autour du porte-parole charismatique de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale). Il n’y a rien de surprenant dans le fait que la majorité sont des femmes. Elles sont les éléments les plus vulnérables d’un pays aussi ultra-libéral et machiste que le Mexique. Beaucoup ont été abandonnées par leurs maris « pour une plus belle », disent-elles. Il n’y a pas de quoi vivre bien.

Les femmes les plus jeunes travaillent dans une maquiladora. Passé 35 ans, on ne leur donne plus de travail. Rosy vend du shampoing, des médicaments et du pain qu’elle fait elle-même à la colonie. Juana, une femme âgée, vend des vêtements et des jouets d’occasion. D’autres sont travailleuses sexuelles. Toutes cherchent comment survivre. Partir au travail peut se révéler une activité risquée, pas seulement à cause des conditions de travail dangereuses mais aussi à cause de la police qui peut débarquer à la maison à n’importe quel moment pour la détruire. La menace d’expulsion plane toujours. Deux jours avant l’arrivée du Sup, une autre maison a été incendiée dans un souci d’intimidation. Ils savaient qu’il allait y avoir un mouvement et que les gens étaient en train de s’organiser.


Photo: DR 2006, Martina Morazzi
Un avocat monte à la tribune et prend la parole. Il explique avec une certaine arrogance qu’un troisième juge a ordonné la suspension de l’expulsion : « Ayez confiance en nous… C’est une procédure longue… Mais nous avons déjà obtenu plusieurs amparos (garantie de protection des droits fondamentaux, contre des décisions judiciaires). Nous sommes des professionnels. Nous avons besoin de vivre aussi. » Quelques rires ironiques lui répondent. Une femme murmure : « Mensonges. Les avocats viennent nous soutenir mais ils ne le font pas, si nous ne leur donnons pas les 500 pesos pour l’amparo, ils nous menacent de l’expulsion. Pourquoi ? Nous n’avons pas la lumière, ni l’électricité. On ne dérange personne. »

Marcos lance un appel à la presse : « Je vous demande de photographier et de filmer et de me dire s’il est juste qu’un travailleur et sa famille vivent comme ça. Il travaille plus de huit heures par jour pour 50 pesos… Et allez prendre en photo la maison du maire et du gouverneur, ou du ranch de Vicente Fox et de Martha Sahagun. Et nous demandons combien de temps a-t-il travaillé ? Il n’a rien fait d’autre durant six ans que de se montrer à la télévision pour dire des conneries et se mettre à genoux devant Bush… Regardez la maison du patron de Sony qui installe des industries qui empoisonnent de ce côté-ci (de la frontière) parce que de l’autre côté, ils n’a pas le droit de le faire. »

Le délégué zéro continue son discours en dénonçant le contraste entre les riches et les pauvres : « Quand un riche veut s’installer quelque part, il y a d’abord la maison, la rue, le jardin, l’électricité, le système d’évacuation, le téléphone et ensuite, il y habite. Et quand les gens qui travaillent arrivent, il n’y a rien…. Ils construisent leurs maisons avec des bouts de carton et de bois… Ensuite, ils doivent lutter pour qu’on mette un système d’évacuation, l’électricité, l’eau… Et après, on les expulse parce que c’est illégal. »


Photo: DR 2006, Murielle Coppin
Il termine par un appel à l’union du Nord et du Sud dans un « mouvement civil et pacifique, comme en 1910 mais sans armes. Soulevons-nous ensemble en même temps. Renversons tous les politiques à la fois… Faisons-les tomber… Calderon ne va pas aller au bout de ses six ans. Les récentes élections ont été les dernières de cette classe politique dans ce pays. » Ce que Marcos propose est quelque chose de différent, une véritable démocratie dans laquelle « le maire obéit au lieu de donner des ordres », où « le salaire minimum est de 800 pesos par jour au lieu de 40 » et où « les travailleurs des maquiladoras sont les patrons ». Il convainc l’audience enthousiaste quand il dit : « Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus fort ».

Le délégué zéro et la Caravane quittent les colons en promettant que « Blanca Navidad ne sera plus jamais seul », pour se rendre à la réunion avec les adhérents de l’Autre Campagne – surtout des ex-travailleurs de maquiladoras. Rosy murmure : « Il faut faire très attention parce qu’il y a beaucoup de levantones », une sorte d’enlèvement-express où des mafieux armés enlèvent leurs « ennemis » voire des personnes innocentes pour se venger d’eux, les liquider ou simplement leur soutirer de l’argent.

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