<i>"The Name of Our Country is América" - Simon Bolivar</i> The Narco News Bulletin<br><small>Reporting on the War on Drugs and Democracy from Latin America
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Narco News Issue #42

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Les zapatistes et La Otra: les piétons de l’histoire. III.

Troisième Partie: Le jour le plus long de l’année la plus longue


Du Sous-commandant Insurgé Marcos
L’Autre Mexique

3 octobre 2006

1.L’année 2006 commence au mois de janvier …2004. La médiocrité de Fox comme titulaire du pouvoir exécutif fédéral et l’ambition personnelle de sa consort, Martha Sahagun, eurent non seulement comme résultat que s’avançât la dispute pour la succession mais aussi qu’elle fut d’une vulgarité et d’une impudence sans précédant.
De toute façon, les «lois » de base de la politique d’en haut étaient claires. Le cadre de la représentation était celui de la politique néolibérale. Les acteurs peuvent se déplacer d’un extrême à l’autre (c’est en effet ce qu’il firent) mais sans sortir du scénario donné (c’est-à-dire conserver et explorer « les variables macroéconomiques »). La politique d’en haut était et est d’accès limité, seul peuvent y accéder les partis politiques et le citoyen a le rôle d’un spectateur silencieux (qui ne fait qu’applaudir ou siffler le jour des élections) qui regarde les scandales se succéder. De plus, tous les « acteurs » politiques (ce terme convient plus que jamais aujourd’hui) doivent reconnaître que le terrain des mass médias est le seul endroit où peuvent se dérouler leurs activités. Dans les médias et depuis les médias s’est construit le nouveau point de référence pour la démocratie : les sondages. Les sondages sont devenus la version postmoderne de l’ « applaudimètre ». Il n’y a pas en haut, aujourd’hui comme hier, acteur politique qui n’y recourt.

Comme on s’en rappelle, dès début 2004 le ton monte dans la lutte pour la succession présidentielle. Grâce à une série de cassettes vidéo, les masses médias se servent de Carlos Ahumada, capitaine autrefois du PRD, pour donner un coup à Lopez Obrador. Des millions de spectateurs virent des personnes proches de l’administration de Lopez Obrador en train de jouer à Las Vegas et de toucher de grandes quantités d’argent. Dans une manœuvre où était évidente la main du « Coyote », Diego Fernandez de Cevallos, les moyens de communication (notamment électroniques) usurpèrent des fonctions de ministère publique, citèrent, jugèrent et condamnèrent…à la peine maximale qui existe pour la classe politique mexicaine : le discrédit des médias.

Bien que le scandale commença par le clan familial derrière le Parti Vert Ecologiste, le coup porta principalement sur celui qui était en tête dans l’IFE royal (les sondages de Institut Fédéral Electoral) : Andres Manuel Lopez Obrador. Celui-ci, de son côté, eut recours pour se défendre à ce qui sera sa formule la plus répétée et son slogan favori : « c’est un complot ».

Et c’en était un. Tant le filmage comme son utilisation postérieure faisaient partie d’une manœuvre de matraquage. Le « couple présidentiel » commençait à attraper une phobie spéciale: la phobie-Lopez Obrador, de sorte qu’il se servit de tous l’appareil à sa disposition et de l’aide « désintéressée » de quelques grands média de communication pour « se soigner » (Cela aurait été moins cher, dans tous les sens, d’aller chez le psychanalyste mais Doña Martha était prête à tout pour une simple raison : elle voulait démontrer que c’était elle qui commandait).

Cependant, ni Lopez Obrador ni le PRD (ni les multiples apologistes qui apparurent alors) répondirent aux questions fondamentales : pourquoi des personnes acceptèrent des pots-de-vin et firent usage du trésor public et pourquoi ces personnes étaient-elles proches de Lopez Obrador ? La grossièreté de la manœuvre médiatique contre AMLO empêcha qu’on aborde ces questions.

Suivit ensuite la tentative de destitution. Fox non seulement échoua mais aussi convertit Lopez Obrador dans le prétendant à la chaise présidentielle le plus solide de la nation.

2.Un 3 juillet très très long. Si 2006 est l’année la plus longue, le 3 juillet (jour où se saurait qui serait le nouveau président) fut le jour le plus long. Une fraude exécutée par le gouvernement mexicain avec le soutien du secteur des grands propriétaires et certains mass- média imposa comme président du Mexique Felipe Calderon Hinojosa, du Parti Action National (PAN)

Le 3 juillet commença le 2 à 15h (3 pm) et se prolongea jusqu’au 4 septembre, jour où 7 personnes du Tribunal Fédéral Electoral usurpèrent le vote de millions de mexicains. Avec le verdict du TRIFE (vrai « bijou » de stupidité juridique : « oui, il a eu truquage mais ça ne change pas le résultat) on arriva au point critique de la crise de l’auto-proclamée « démocratie représentative » (c’est-à-dire électorale) du système politique mexicain.

Après avoir dépensé des millions de pesos en des campagnes grotesques ; après toute sorte de discours, de spots, d’événements et de déclarations des acteurs électoraux (notamment de cette mafia de criminels du nom d’ « institut Fédéral électoral) sur la valeur du vote et l’importance de la participation civique ; après les morts, les disparus, les prisonniers, les matraqués dans la lutte pour le droit légitime à la démocratie ; après des réformes et des avenants ; après la « citoyen-nisation » de l’organe électoral ; il s’avéra que la désignation du prochain chef du gouvernement fédéral n’a pas été le résultat de la majorité des votes émis mais de la décision de 7 « juges ».

S’il a fallu plus de 2 mois pour entériner la fraude électorale, ce fut, pour une grande part, en raison des actions de résistances menées par le mouvement citoyen que représenta, dirigea et contrôla Andres Manuel Obrador.

Nous avons dénoncé cette fraude le 3 juillet, à 20 heures, dans l’émission radiophonique « politique de Trottoir » (du Front du Peuple-UNIOS, adhérent de la Sexta) et nous avons donné le nombre de votes manipulés (un million et demi). Ceci provoqua l’ordre depuis Los Pinos d’annuler l’émission de radio (nous apprîmes après que le veto s’étendit à toutes les chaînes radiophoniques et que curieusement il fut « levé » après la validation des élections par le TRIFE). La dénonciation (et l’annulation ultérieure de l’émission) ne mérita que le mépris des « respectables supporters de Lopez Obrador » et plus d’une semaine après, ces leaders commencèrent finalement à réaliser et à dénoncer ce qui s’était passé.

Nous présentons ici ce que nous savons d’une partie de l’histoire d’une des fraudes les plus stupides et abjectes de la longue histoire de la classe politique mexicaine. L’information vint de personnes qui furent témoins directs « de l’intérieur ». Bien qu’il ne soit pas possible de confirmer l’information (il n’y a ni enregistrement, ni vidéo), on peut corroborer par « croisement » les faits que plusieurs citoyens non affiliés à des partis ont fournis publiquement.

Le 2 juillet 2006, 15 heures. Les sondages sortant donnent comme gagnant le candidat de la dénommée « Coalition pour le bien de tous », Andrés Manuel Lopez Obrador, avec un avantage d’un à un million et demi de voix sur le candidat d’Action Nationale Felipe Calderon Hinojosa. Dans la résidence officielle de Los Pinos, le « couple présidentiel » reçoit la nouvelle, le visage défait. Le calcul avait échoué. Normalement la gigantesque campagne de discrédit contre Lopez Obrador ainsi que les manœuvres de Lady Macbeth autochtone (Elba Esther Gordillo, à la tête du syndicat des enseigants) pour transférer des votes du PRI au PAN auraient dû suffire pour dépasser AMLO d’environ un million de voix. Mais le Plan « A » pour imposer Calderon échouait.

  • Le plan A. D’après les calculs de Los Pinos, dans un univers de près de 40 millions d’électeurs effectifs (40% d’abstention était l’estimation de tous les acteurs politiques depuis des semaines avant les élections), Lopez Obrador obtiendrait environ 15 millions de voix et Calderon et Madrazo avoisineraient les 13 millions. Cependant la « maestra » (la maîtresse) avait promis le « transfert » de 3 millions de voix, « expropriées » du patrimoine de Madrazo vers le compte du PAN. Le résultat allait être très serré : 16 millions pour Calderon, pas plus de 15 pour Lopez Obrador (et Madrazo avec 10 ou moins). Avec une bonne manipulation des média, la « légitimité » s’obtiendrait car ce serait une manœuvre « propre », c’est-à-dire sans traces dans le scrutin ni les bureaux de vote. Ce serait des élections exemplaires, sans les « vices » avec lesquels le PRI avait marqué les processus électoraux avant « l’ère Fox » : ni « souris folles », ni « urne chaussure », ni « opération tamal », ni vol d’urnes, ni etcetera qui devaient être d’un passé révolu.

    Mais les comptes n’allaient pas : ce 2 juillet, Lopez Obrador pouvait arriver avec 15 millions et demi et Calderon n’arriverait pas aux 14 millions. Il n’y avait plus le temps d’engager ni de former les vieux « alchimistes » du PRI (en plus certains –comme José Guardarrama- étaient passés candidats du PRD).
  • Le plan B. Au bord de l’hystérie, Martha Sahagun de Fox fit pression sur l’autoproclamé président mexicain, Vicente Fox Quesada, pour qu’il contacte « la maestra » Elba Esther Gordillo. Fox, comme à son habitude, obéit à Madame Sahagun et le « téléphone rouge » la met en contact direct avec Gordillo qui confirme l’information : Lopez Obrador sortira avec un avantage d’environ un million de voix. « Que faisons-nous ? » demande Fox. « Je veux parler avec Felipe » répond Elba Esther. Les aiguilles n’avaient pas atteint la demie heure que s’engagea la conversation à trois :

    Vicente Fox : – Maestra, Felipe est en ligne.
    Elba Esther Gordillo : Felipe ?
    Felipe Calderon: oui?
    Elba Esther Gordillo: Je vais te faire une offre que tu ne pourras pas me refuser…

    La conversation terminée, le plan B démarre: suivant les indications de Gordillo, Monsieur Fox fait un autre appel cette fois à Monsieur Ugalde, président du IFE. Il lui demande de « gérer » le PREP pour qu’apparaissent d’abord et à dose adéquate des résultats avec Felipe Calderon au-dessus de Lopez Obrador (pour cette raison les étranges et anormaux tracés des « courbes » de résultats – dénoncés par divers spécialistes et mis en évidence notamment par le journaliste Julio Hernandez Lopez dans sa colonne « Astillero » du journal mexicain La Jornada).

    Un nouvel appel téléphonique aux grands consortiums de communication décide le silence sur les résultats des derniers sondages. La version convenue fut qu’on ne pouvait pas donner de résultat définitif, qu’il fallait attendre que le IFE (ah ah !) donne les résultats. Une escroquerie. Les mass media avaient fait ce qu’ils voulaient avec les « institutions électorales et avaient imposé (avec l’accord de TOUS les partis et TOUS les candidats) la culture des sondages comme « modèle démocratiques ». On ne pouvait s’empêcher de rire en écoutant messieurs Joaquin Lopez Doriga (présentateur de Televisa et ministre de fait de la communication) et Javier Alatorre (présentateur de TV Azteca) ainsi que leurs «reflets » à la radio et la presse, qui invitaient à’attendre la résolution « des autorités électorales’.

Enfin, tout cela avait pour objectif d’obtenir quelque chose de fondamental : du temps.

« Donne du temps au temps » aurait dit « la maestra » ELba Esther Gordillo au point culminant de la conversation tripartite qu’elle eut avec Fox et Calderon. « Donnez-moi une heure et je m’en charge » dit-elle avant de terminer la conversation téléphonique.

La Gordillo commença alors à activer le réseau téléphonique (y compris via satellite) qu’elle avait monté « en cas d’extrême nécessité ». « La maestra » donna des ordres à ses opérateurs répartis aux points stratégiques de la géographie électorale. L’ordre était simple : modifier les documents.

L’absence de représentants de la dénommée « Coalition pour le bien de tous » dans une partie stratégique des bureaux électoraux fut d’une grande aide. Les journalistes Gloria Leticia Diaz et Daniel Lizarraga de l’hebdomadaire mexicain Proceso (#1549. 9 juillet 2006, « les réseaux, un échec ») signalent comment les dénommés « réseaux citoyens » ont compliqué la participation de la Coalition dans la surveillance des bureaux, en plus de la méfiance de AMLO dans la structure du PRD et le trafic d’achat et de vente des observateurs : Selon les informations officielles du PRD, c’est à cette organisation parallèle (les réseaux citoyens) que la majeur partie des ressources, 300 millions de pesos, a été destiné et qui furent gérés par (Alberto) Perez Mendoza. Une semaine seulement avant le 2 juillet, Lopez Obrador permit que le PRD intervienne en distribuant les listes des représentants de bureaux de vote aux dirigeants locaux pour coordonner la tâche d’observation pendant le scrutin. Bien que cette information ait été publiée dans l’IFE, on refusait des militants dans la campagne comme mesure préventive de vente des listes au PRI ou au PAN. Un perrediste qui reçut la liste des représentants de bureau de vote, la nuit du vendredi 30 juin, confia au journal Proceso que pendant qu’on empêchait les militants de former partie de la structure électorale, lui, en faisant un tour pour se coordonner avec les responsables des tâches d’observation des bureaux, il trouva « qu’il y avait de la propagande PRI ou PAN sur certaines façade de leurs maisons et pour cette raison le dimanche nous dûmes mettre en place une opération pour surveiller nos propres observateurs». Le 2 juillet, continua-t-il, il alla chercher les représentants des bureaux qui n’avaient pas assisté au scrutin qui leur dirent qu’avec les 200 pesos que le PRD leur donnait pour surveiller les élections, il en avait qui leur donnait mille pesos pour ne pas s’y rendre. L’absence des représentants des bureaux de vote dans tout le pays atteint une moyenne de presque 30%, ce qui nécessairement affaiblit les espérances de voix pour Lopez Obrado, surtout dans le nord et le nord est du pays, zones originellement assignées à Manuel Camacho Solis et Socorro Diaz. D’après les registres de l’IFE, la coalition assura qu’à Nuevo Leon elle couvrirait 90,55% des bureaux de vote mais dans des document internes du PRD – auxquels cet hebdomadaire a eu accès – figure une présence d’environ 31% à peine (souligné par moi).

Oui, la « la maestra » avait bien fait son devoir. Elle avait en son pouvoir l’information détaillée montrant où se trouvait non seulement l’emplacement des bureaux, la composition de l’électorat et ses éventuelles sympathies politiques ; également elle avait le nom de ceux qui étaient fonctionnaires et représentants dans chaque endroit. C’est-à-dire elle savait « qu’est ce qui clochait » dans le système électoral. En plus elle avait « infilté» ses hommes à l’intérieur de la structure d’observation électorale de la Coalition.

Donc voilà l’essence de la fraude. Un nouveau comptage des voix révélerait la tricherie d’une façon claire et nette : dans bon nombre de bureaux, ce qui apparaît dans les documents ne correspond pas aux voix qu’il y a dans les urnes.

La demande de la Coalition pour le bien de tous et le mouvement citoyen dirigé par AMLO « vote par vote, bureau par bureau » était non seulement légitime et correcte mais aussi visait à dévoiler où, comment et par qui s’était réalisée la fraude. Et « petit détail » en plus : le nouveau comptage révélerait que le gagnant des élections présidentielles de juillet était et est Andrés Manuel Lopez Obrador.

C’est pour cette raison que Calderon comme l’IFE et les média complices de la fraude et ensuite le TRIFE refusèrent catégoriquement de ré effectuer le comptage. Le faire aurait signifié donner des preuves de la victoire électorale de Lopez Obrador et aurait rendu public une vaste liste de criminels électoraux (où apparaîtrait en première place le président de l’IFE, Ugalde).

Bien qu’une partie des « illustres » crétins supportant Lopez Obrador« acheta » immédiatement la version qu’il avait perdu les élections et se lança en sainte croisade pour chercher les responsables de la défaite (parmi eux Marcos, le EZLN et L’Autre Campagne) il est vrai que :

  1. Lopez Obrador gagna les élections présidentielles du 2 juillet 2006
  2. Le président et l’IFE commirent une fraude.
  3. Certains mass media manipulèrent tout le processus.
  4. Les sondages étaient faits pour le tromper. Les sondages ne « mesurent » pas l’opinion publique mais la crée.
  5. L’organisation de son parti et les réseaux citoyens furent inefficaces, s’affrontèrent entre eux et certains s’entachèrent de corruption.

3. Autres mensonges. Pendant les jours qui succédèrent les élections, dans les milieux les plus divers et les plus fréquentés, on essaya de convertir un mensonge en vérité en proclamant que les élections du 2 juillet 2006 eurent le plus de participation et que le niveau d’abstention chuta. Mais ce n’est qu’une grande hypocrisie (presque aussi grande que celle qui affirme que Fecal (Felipe Calderon) a gagné les élections). Depuis 1994 la baisse de la participation électorale a été constante. Signalons simplement trois choses : tandis que la liste électorale a augmenté – de 1994 à 2006 – de 26 millions, le nombre des votants augmenta de seulement 6 millions, c’est-à-dire seulement 23 % des mexicains qui s’incorporèrent à la liste électorale depuis 94 votèrent en 2006. D’autre part, l’abstention passa de 22% en 1994 à 36% en 2000 pour arriver à au moins 41,5% en 2006.De plus le nombre des votes à la présidence a baissé : Zedillo obtint un peu plus d’un million de voix de plus que Fox et plus de 2 millions de plus que ce qu’on donne à Calderon (le recensement électoral pour les récentes élections étant de 76% supérieur qu’en 1994). L’abstention réelle (y compris les votes nuls) fut de plus de 30 millions de citoyens et la somme des voix données à Fecal et à AMLO n’atteint pas ce chiffre.

4.Pourquoi la fraude ? Une fois compris comment, où et qui réalisa la fraude électorale, on attend la réponse au pourquoi ?

Même si, comme nous disons, nous Zapatistes, AMLO était la « meilleure » option (« le moins mauvais » d’après les « illustres »crétins ) pour la continuité de la politique néolibérale et il aurait concrétisé avec légitimité (et même l’appui « critique » des intellectuels) la privatisation du pétrole, de l’électricité et des ressources naturelles (via le co-investissement).

Même si la différence entre AMLO et Fecal ne se situaient pas entre deux projets de Nation, dans la mesure où tous deux défendaient les bases constitutives du projet néolibéral (à savoir Traité de Libre Commerce, privatisation, un Mexique de chaînes de montage, autonomie de la Banque de Mexico, paiement ponctuel de la dette extérieure et intérieur, le Mexique comme point de passage pour les grands marchés mondiaux – le projet de Lopez Obrador contemplait le projet transisthmique, le train éclair et terminer l’autoroute du XXI ème siècle) ;

Même s’il n’y avait pas non plus de différence entre la relation qu’ils établissaient entre la société et la politique (à savoir : les affaires politiques ne relèvent que de la classe politique) ;

Si l’en était ainsi, pourquoi ceux d’en haut optèrent pour Calderon ? La présomption de cette question n’est pas le simple produit de notre « infantilisme radical ». Dans une entrevue avec Elena Poniatowska, Andres Manuel Lopez Obrador lui répondait :

E.P. : Andre Manuel, je crois sincèrement que les entrepreneurs ne devraient pas avoir peur de toi parce ton arrivée à la présidence ne les dérangeraient pas.

AMLO : Non, en effet. Ils se bloquèrent à cause de la campagne de la peur, ils se firent entraîner et crurent toute la légende noire et maintenant ils sont dans un dilemme.

E.P. Si tu arrivais à la présidence, tu leur quitterais quelque chose ?

AMLO : Non, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises publiquement ; j’ai dit que je n’ai pas de haine et que la vengeance, ce n’est pas mon fort.

EP. Comment est-il possible qu’ils ne se rendent pas compte qu’aucun pays ne peut aller de l’avant avec une immense masse sans capacité d’acquisition ?

AMLO : Ils ne s’en rendent pas compte car en plus ils ne sont pas capables de comprendre qu’on ne peut réussir la gouvernabilité d’un pays, qu’il n’est pas possible de garantir la tranquillité, la paix sociale, la sécurité publique dans une mer, un océan d’inégalité, qu’il n’y aura pas de stabilité politique, sociale, économique, financière si continue cette situation d’injustice, d’abandon, de retard, de pauvreté pour la majorité des gens. Les propriétaires de l’argent sont très dépassés, très rétrogrades.

En résumé, Lopez Obrador offrait aux capitalistes trois choses fondamentales :

  1. La montée d’un gouvernement qui ne s’approprierait pas d’une si grande partie de l’excédent social. La corruption continuerait mais avec des niveaux d’autocontrôle beaucoup plus développés (et moins d’exposition aux caméras vidéo).
  2. La capacité de contrôle social qui serait la base et la garantie pour l’investissement du capital. Exemple : l’idée du couloir transisthmique existait depuis l’époque où le dénommé « Plan Puebla Panama » était un papier qui circulait de bureau en bureau et d’université en université. Certes la réalisation de ce projet (qui cherche à redessiner la géographie nationale au moyen d’un glissement de frontières) ne put être réalisé ni par le PRI ni par le PAN. AMLO était sûr qu’il aurait le consensus social pour mettre en œuvre ce projet (qui, il n’est pas inutile de le dire, ravagerait la population indigène de la région).
  3. La reconstruction du pouvoir d’état qui permettrait la reconfiguration de la classe politique de façon qu’elle ne pense plus qu’à son seul intérêt personnel mais qu’elle soit l’instrument pour construire un projet à plus long terme, dans le cadre toujours du néolibéralisme.

C’est-à-dire AMLO leur promettait un Etat fort, la gouvernabilité, la tranquillité, la paix sociale, la sécurité publique et la stabilité. Soit tout ce dont a besoin le capital pour prospérer.

Pourquoi alors n’ont-ils pas « saisi » l’offre de Lopez Obrador ?

« Ils se sont laissés avoir et on crut à la légende noire » répond AMLO (bon, les grands entrepreneurs ne furent pas les seuls qui crurent à « la légende noire » d’un Lopez Obrador de gauche ; certaines organisations politiques de gauche aussi, des organisations sociales et intellectuelles).

Oui, la réponse d’AMLO est raisonnable : c’est parce qu’ils crurent l’histoire qu’il était de gauche…et anticapitaliste. Mais pas seulement pour ça. Nous allons donner ici d’ « autres » éléments de réponse, toujours selon notre façon de penser en tant que zapatiste.

Premièrement. Les bonnes affaires du pouvoir. La politique d’en haut au Mexique génère beaucoup de bénéfices (il n’y a qu’investir dans un parti politique) et le processus de privatisation des deux perles du vieil état mexicain (le pétrole et l’électricité) laissera des millions pour qui l’autorisera. Si on dit que PEMEX coûte 250 mille millions de dollars, on peut comprendre ce que se mettra dans la poche celui qui gère la vente. Ainsi la lutte pour la présidence est avant tout la lutte pour une affaire très lucrative.

Deuxièmement. Le pouvoir réel du Narcotrafic. Les privatisations ne sont pas l’unique business pour les politiciens (présidents, secrétaires d’état, gouverneurs, présidents municipaux, députés et sénateurs), il y a aussi ce qui se connaît comme «l’administration du narcotrafic » qui consiste à favoriser un des cartels. Au cours de «l’ère » Fox, on peut dire que le cartel du Chapo Guzman fut le cartel consenti des six dernières années. Toute la structure de l’Etat : armée, police fédérale, système judiciaire (juges et directeurs de prisons compris) fut mis au service de ce cartel dans sa lutte contre les autres. Cette relation fut établie non seulement par ce groupe mais aussi ils réussirent à incorporer des secteurs du PRD qui, ayant gagné des postes de gouverneurs, entrèrent immédiatement au cercle des négociations avec ce cartel, tel est le cas des gouverneurs de Michoacan et de Guerrero. De cette manière, beaucoup plus qu’à l’époque du PRI, la classe politique forma partie du crime organisé. La Présidence de la République a sa valeur aussi car, bon, lorsqu’un groupe politique arrive au pouvoir qui « gère » l’appareil judiciaire, il arrive aussi par la main d’un des cartels de la drogue.

Mais malgré les avantages qu’ AMLO promit aux propriétaires des affaires lucratives, la décision au final ne pencha pas pour l’option qui s’imposait dans toute l’Amérique latine (avec le transfert des projets néolibéraux aux mains des gouvernements de « gauche » qui garantissent le « lubrifiant » au capitalisme sauvage). L’étroitesse de vue de la majorité de la classe politique et essentiellement de sa bourgeoisie associée les conduit à élire le chemin familier des choses dont a déjà l’expérience, provoquant ainsi la pire crise de pouvoir des dernières années. Tout en haut, parmi ceux qui sont réellement aux commandes, on décida d’imposer Calderon peu importe les conséquences.

5. Les partis politiques. Le 2 juillet démontra que les partis politiques ont cessé d’exister, soit en raison du processus d’assimilation de la classe politique au crime organisé, soit parce qu’ils ne sont que le paravent électoral de tel ou tel caudillo ou de tel ou tel propriétaire de franchises. Dans les forces politiques d’en haut, il n’existe plus rien de ce qui caractérisait les partis politiques. Maintenant ils sont difficilement plus qu’un « cocktail » où se mêlent entrepreneurs corrompus et criminels avec et sans col blanc. Le programme, les principes, les statuts ? Allons ! Ce sont des enfantillages de radicaux et «d’extrémistes ».

Mais la crise n’est pas restée dans le terrain des instituions, elle toucha aussi le soutien des fadaises de la démocratie « moderne » : la démocratie représentative, c’est-à-dire la démocratie bourgeoise. La crise de l’Etat national entraîne la crise de la démocratie représentative et celle-ci entraîne la crise des partis politiques.

Mais voyons quelles sont les différentes options d’en haut :

  • PRI. Du côté du PRI, on a travaillé avec l’illusion que son vieux vote corporatif allait s’exprimer dans les urnes du 2 juillet. Leurs victoires électorales aux élections des états en 2005 leur permirent de travailler en assumant qu’en dépit des sondages et de la candidature répulsive de Madrazo, leur bastion leur permettrait de gagner les élections. Mais ils ont oublié de prendre en considération la « maestra » ELba Esther Gordillo.

    D’autre part, l’usure de la vieille structure corporative du PRI est plus profonde que ce qu’ils croyaient. Les vieux syndicats ouvriers, de plus en plus affaiblis et de moins en moins efficaces, se divisèrent lorsque la direction de la Confédération Révolutionnaire Ouvrière et Paysanne (CROC) décida d’appuyer AMLO. De la sorte, le PRI ainsi que toutes ses vieilles structures corporatives traversèrent une profonde crise sans qu’aient été créées de nouvelles structures de contrôle bureaucratique. Les nouveaux syndicats comme l’Union Nationale des Travailleurs (UNT), de vieille extraction priiste, décida de soutenir AMLO avec la conviction et la promesse qu’il deviendrait le nouvel organisme de contrôle bureaucratique. Ainsi surgit un nouveau type de corporatisme sous l’idéologie de la « nouvelle culture ouvrière »qui est très liée au patronat. Cette situation dans le PRI met à jour une des caractéristiques essentielles de la crise actuelle: les vieux mécanismes de contrôle ne font pas qu’être inopérants mais aussi et surtout ils sont onéreux. Tant d’années de domination du PRI provoquent un double effet : d’une part le PRI est devenu incapable de se régénérer lui-même ; d’autre part le PRI s’est converti dans l « idéal » à atteindre comme parti d’état. C’est pour cette raison qu’abondent les « ex-priistes » tant au PAN qu’au PRD que dans les plus petits partis « bonsaï ».
  • PAN. Le Parti Acton Nationale a donné les dernières pelletées de terre dans la tombe qu’a ouverte Vicente Fox. Le parti fut seulement un écran qui servit au président (ou pour être plus précis : à Martha Sahagun) pour réaliser la fraude, pas seulement le 2 juillet mais la fraude commise dans tout le processus électoral précédent: la relation avec des agences de sondages ; l’alliance avec les masses média, l’organisation de toute une équipe d’entrepreneurs et d’organisations pour mettre en œuvre une guerre médiatique contre AMLO ; l’alliance (qui après serait une relation de subordination) avec Elba Esther Gordillo ; l’obtention de ressources, produit de la protection de 6 ans du cartel de la drogue du Chapo Guzman ; etc.

    LE PAN a souffert un processus de transformation définitive : le vieux parti démocratico-conservateur qui joua un certain rôle dans la lutte contre le système de parti unique a cessé d’exister de manière définitive. Si le PAN avait été déjà assez frappé par l’arrivée des « barbares du nord », ce processus s’accentua avec l’arrivée du « couple présidentiel ». Leur présence entraîna pour la PAN la perte de toute son identité et le convertit en un PRI teinté de bleu, spécialement en ce qui concerne l’utilisation patrimonial de l’appareil d’Etat pour leur bénéfice, les liens avec le crime organisé et l’habilitation des fonctionnaires qui sont payés pour ne pas faire leur travail (les similitudes entre Luis Halvarez, « commissaire de la paix » foxiste et Emilio Rabassa qui exerça les mêmes fonctions pour Zedillo , sont nombreuses) .

    En Même temps, une organisation secrète d’extrême droite : « le Yunke » (l’enclume) a pris le contrôle de la direction du parti. Si le caractère fasciste de cette organisation est clair, il ne fait pas de doute que la droite n’est pas une et indivisible ‘voyez les livres que le journaliste Alvaro Delgado a écrit sur cette organisation clandestine). La candidature présidentielle du Yunke était d’abord Martha Sahagun ; ensuite c’était Santiago Creel. Le triomphe de Fecal dans la dispute pour la candidature paniste obligea le Yunke à se repositionner et maintenant il se bat pour avoir les mêmes privilèges avec Fecal qu’il avait avec Fox.

    Jusqu’alors, le PAN a été incapable de trouver les mécanismes pour construire une forme de domination sociale stable et de longue haleine (ce que nécessite le capital pour « investir ». Si les panistes n’ont la moindre idée de ce qu’est une politique de masses, l’équipe de Fecal est encore pire. C’est pour cela qu’Elba Esther Gordillo sera la nouvelle dirigeante opérative et idéologue. Oui, un membre du PRI dirigera en fait le PAN.
  • Les petits partis. Le PANAL (la NouvelleAlliance) et le PASC (Alternative Sociale Démocratique) furent deux partis modelés en fonction de la conjoncture électorale. Leur création met en évidence l’objectif réel de la loi électorale actuelle : le pouvoir détermine qui seront ses « rivaux ». Il n’existe aucune possibilité, sur le terrain de la légalité existant actuellement, de créer un parti politique authentique qui puisse entrer dans le débat politique indépendamment et avec autonomie. Le chemin électoral est maintenant une route barrée pour ceux qui sont engagés dans un débat honnête.
  • PRD-PT-Convergence. Avant le 2 juillet, la Coalition pour le bien de tous se réjouissait de sa victoire…sans l’avoir encore. Les intellectuels qui aujourd’hui poussent des cris hystériques devant l’arrivée de l’extrême droite au gouvernement, se limitèrent à nous répéter la consigne « souris, nous allons gagner » et il est de notoriété public que le 1er juillet l’équipe de Lopez Obrador se partageait les « os ». Mais nous parlerons plus en détail de la Coalition, mouvement de résistance à la fraude, et de la CND (Convention Nationale Démocratique) de Lopez Obrador par la suite.

6. Et en bas ? Bon, en bas c’est autre chose…

(A suivre)

Du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Etat Major de L’armée Zapatiste de Libération Nationale
Sixième Commission
Sous-Commandant Insurgé Marcos
Mexico, septembre 2006

Traduccion al frances : ClaudineMadelon/4.oct.2006

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